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Abstraction lyrique – peintures abstraites

Vernissage mercredi 7 septembre à 18h30

Ghouar est venu progressivement à la peinture abstraite ; il est passé par un semi figuratif à coloration ethnologique où il présente des femmes et des hommes chaouis et touaregs. Il fait des clins d’œil à Issiakhem dans son travail sur les figures féminines et masculines. L’auteur de La Veuve a, lui aussi, utilisé le motif vernaculaire, non pas en tant que référent essentiel de l’œuvre mais en tant qu’indication culturelle permettant d’identifier l’espace d’appartenance du tableau et de le situer géographiquement comme nord-africain. Cette peinture va rapidement évoluer pour devenir semi figurative, en intégrant des motifs berbères et des sortes de lettres tifinagh. Par la suite ce sont des formes libres travaillées par des motifs berbères qui vont dominer, mais l’insatisfaction de l’artiste semble attisée par une inquiétude toute aussi forte et une volonté de trouver son style et son sujet hors des sentiers battus de l’art algérien et de ses icones et symboles. Il abandonnera les motifs géométriques et les références culturelles et identitaires, pour des formes libres qui s’élancent dans l’espace comme des cordes, des tuyaux et des nœuds.

Ghouar et le signe

Après avoir longtemps été marqué par l’empreinte hégémonique du signe, Ghouar a fait table rase de ce qui ne lui appartient pas en propre mais à toute une communauté. Tout en restant attaché à quelques motifs essentiels de l’art de ses ancêtres, il ne fait plus du signe une tarte à la crème. Il n’y recourt qu’en cas d’extrême urgence, de nécessité absolue. Les lettres arabes, tifinagh, triangles, losanges et carrés magiques de la cosmogonie berbère sont donc encore présents dans son travail et s’intègrent à un langage plastique plus vaste, sans lequel ils n’auraient plus de sens en peinture. Ces formes ne permettent pas de leur donner une nature et une texture mais il peut s’agir de machineries et de moteurs, comme d’ossements, de racines et de branches. On peut encore y percevoir des lettres arabes déstructurées et déformées, ou plutôt y identifier le rythme cursif de la calligraphie arabe nouskhi ou rouki, dont le mouvement est très proche de la nature et de ses rythmes. C’est ce mouvement issu de la calligraphie arabe qui donne son caractère lyrique à cette peinture, qui est travaillée par des tensions puissantes, liées à quelque événement fort que l’artiste a vécu. Cependant, elle n’est pas dramatique et son lyrisme très contenu, notamment par une couleur chaude et douce. Les noirs servent souvent comme fond pour ces formes qui s’élancent dans tel ou tel sens, comme des racines ou des tubes et conduits d’une cité abandonnée. Cette peinture est en train d’asseoir une identité et un sujet originaux ; et c’est avec le temps qu’elle pourra définir plus clairement son objet, pour le moment encore voilé par des préoccupations formelles. Peintre exigent et conscient de sa maîtrise technique, Ghouar préfère s’impliquer dans le courant mondial de l’art plutôt que de suivre la tendance locale fondée sur la répétition et qui montre ses limites car bloquée par la domination aveuglante de l’articulation culturelle et politique. Il ne se s’échine pas à mettre en valeur l’élément culturel national, sachant que celui-ci ne peut être avantageux que s’il est exprimé dans un langage personnel. Car compter sur le seul répertoire culturel local, sans le revisiter – «recharner», pour utiliser le mot de Jacques Berque à propos de Khadda – ne mène pas loin. Il ne cherche pas, non plus à s’inscrire dans le mouvement passager, facile et hégémonique de ce qu’on appelle art contemporain.

Ali El Hadj Tahar
Critique d’art