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Exposition « Danse : engagements » – Photographies de Guy Delahaye

By 26 avril 2017 No Comments

Danse : engagements – Photographies de Guy Delahaye

Exposition du 28.03.17 au 12.05.17 – Espace Envol – Privas

Du lundi au vendredi 08h-18h en continu – Entrée libre

On pourrait penser à première vue que la littérature et la peinture ont une autonomie beaucoup plus patente que la photographie et dépendent moins de leur modèle, de leur sujet ou de leur source que cette dernière. Même si la chose est trompeuse, car il n’y a jamais de création de l’esprit ex nihilo, l’aura qui nimbe les deux premières fait défaut à la troisième pour d’obscures raisons qui viennent peut-être des traditions antédiluviennes qui ennoblissent le calame ou le pinceau, par rapport à l’appareil photo guère sacralisé et suspecté de reproduire trivialement la réalité.
La photo de spectacle accumule tous les paradoxes qui depuis Baudelaire font encore douter, avec l’article 1447 du code des impôts, que la photo soit un art. Comment peut-on oser résumer un spectacle en le découpant en tranches d’un soixantième de seconde ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : quand un artiste de journal présente un spectacle avec une unique photo censée le représenter, c’est fort peu dire et c’est fort peu expliquer, tandis que le texte afférent a l’opportunité de le décrire intégralement. Quelle outrecuidance aussi de figer ce qui porte le nom de « spectacle vivant » et qui n’a de matérialité que par la grâce de spectateurs calés au fond de leur siège et de comédiens qui déclament en direct des textes devant eux !

Le cas du photographe s’aggrave singulièrement s’agissant de la danse, car alors il arrête ce qui est la raison de vivre de celle-ci : le mouvement. Pourtant la cause est entendue, la photo de théâtre n’est pas le théâtre, et la photo de danse n’est pas la danse. Elle n’est ni documentaire, ni tautologique, tout au plus historique, et elle possède toute légitimité pour trahir le spectacle qui lui sert d’assise. Elle n’a en ce sens, guère moins de droits que la littérature ou la peinture qui fabriquent une réalité autre que la réalité qui leur sert de modèle même. La photo aussi est pure fiction.
Et s’il y a certes peu de modestie à citer Pascal Quignard en cette occurrence, entendons-le bien quand il dit que « pour minuscule qu’elle soit, une œuvre d’art ajoute à ce qui est, quelque chose qui ne s’y trouvait guère ».

L’acte créateur se fait toujours à partir d’une autre création et la photo est par excellence le résultat du redoublement de la création.

Guy Delahaye